Numérique : nos cerveaux sous haute fréquence

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« De mon temps, le téléphone servait à téléphoner ! » Profitez de cet aphorisme, car il va disparaitre. La querelle des anciens et des modernes autour de la numérisation du monde est en passe d’être résolue par le renouvellement naturel des générations, ok Boomer ?

Les jeunes parents d’aujourd’hui sont digital natives. Bientôt naitra une génération d’enfants dont les parents seront Social Media natives. Nous allons enfin pouvoir transmettre aux enfants des compétences et bonnes pratiques nées de l’expérience réelle. L’heure des comptes a donc sonné. Quid de nos usages d’adultes ? Comment gérons-nous notre temps de cerveau disponible face au numérique et que transmettons-nous ?

Temps de cerveau indisponible

Listen to "Podcast - Ralentir - EP02" on Spreaker.

Avec Thierry Crouzet, bloggeur et écrivain, Vanessa Lalo, psychologue spécialiste des pratiques numériques, Michaël Stora psychologue et co-fondateur de l’Observatoire des Mondes Numériques en Sciences HumainesBenoit Averty, développeur chez Zenika
Réalisation : Alicia Blancher (
Kaizen magazine)

Conseils pour « débrancher »
  • Retirer les notifications sonores de notre téléphone, voire toutes les notifications, ou se mettre en mode « Ne pas déranger » le soir, ce qui permet de recevoir uniquement les appels de nos contacts favoris.
  • Éviter d’utiliser notre téléphone une heure avant de se coucher pour privilégier la qualité du sommeil.
  • Instaurer des cadres de discussions : ne pas répondre instantanément à nos messages comme certaines applications peuvent nous inciter à le faire, et l’expliquer à nos interlocuteurs, si besoin, pourquoi on prend le temps de répondre.
  • S’accorder des pauses sans écran et accepter de ne rien faire, de s’ennuyer.
  • Être conscient du temps passé devant notre écran, grâce aux données de certaines applications par exemple.
  • Partager notre écran : échanger avec nos proches sur ce que l’on regarde sur notre smartphone ou notre ordinateur, plutôt que de se couper du monde extérieur.
  • Avant de sortir notre téléphone de la poche pour trouver une réponse sur un moteur de recherche, prendre le temps de faire travailler notre mémoire ou réfléchir à plusieurs sur la question.

(Et pourquoi pas : se questionner sur nos usages excessifs des outils numériques pour découvrir la vraie cause du problème.)


Être et transmettre : une famille en présentiel

L'espace et le temps

Si vous cherchez Carine et son fils Benoit, ils ne sont pas affalés sur le canapé. Pas non plus dans un fauteuil de gamer avec repose-poignet et appui-tête. Car là où le numérique n’est plus roi, la maisonnée ne s’organise plus autour de ces meubles capitonnés destinés à supporter notre corps.
Laisser les écrans au vestiaire, c’est proposer au corps d’aller explorer son environnement. C’est s’offrir le temps de s’incarner, d’être au monde.

Crédits photos : ©Lise Gaudaire

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Accélérer pour ralentir, un paradoxe du numérique.

Par Sylvain Révéreault, Directeur Technique Zenika France

Depuis les premiers calculateurs, jusqu’aux dernières plateformes permettant la mise en œuvre d’intelligences artificielles, l’histoire de l’informatique est intimement liée à la notion d’accélération. Nous avons en effet conçu des machines numériques qui savent effectuer des tâches compliquées -notamment le traitement de données- beaucoup plus vite que nous, humains.

Cette accélération des traitements nous permet donc de gagner du temps, beaucoup de temps... mais qu’en faisons nous ?

La réponse à cette question a beaucoup évolué (et continue de le faire) dans le monde du développement logiciel. Dans les deux dernières décennies du 20ème siècle, l’approche a été essentiellement industrielle : recueillir le besoin des utilisateurs, en déduire les tâches techniques à effectuer (et estimer le temps nécessaire associé), puis développer le logiciel censé répondre au besoin exprimé, en maximisant la cadence de travail pour minimiser les coûts de développement.

Cette approche a néanmoins largement montré ses limites ; les raisons en sont multiples, et il serait trop long de toutes les détailler ici. Retenons simplement que la réalisation du logiciel prenait souvent beaucoup plus de temps qu’anticipé, pour un résultat qui répondait mal au besoin initial.

De ce constat sont nés des mouvements portant de nouvelles approches du développement logiciel, parmi lesquels l’agilité et l’artisanat du logiciel.

L’agilité nous a invité à repenser notre rapport aux utilisateurs et à leur besoin, en travaillant plus étroitement avec eux et de manière plus itérative, en échangeant régulièrement sur les travaux réalisés, en prenant leur retour sur le travail effectué et en acceptant de modifier ce qui doit l’être.

L’agilité nous invite en fait à repenser notre rapport au temps, à accepter de prendre ce temps en amont des phases de réalisation pour explorer et prototyper, pour échanger avec les utilisateurs, pour affiner le besoin.

L’artisanat du logiciel nous a invité à repenser le développement comme une activité artisanale, qui nécessite d’apporter une attention particulière à la qualité de conception, ici encore en prenant son temps. En prenant son temps pour co-réaliser (parfois en travaillant à plusieurs derrière le même ordinateur), pour tester les réalisations, dans le but de concevoir des logiciels robustes, maintenables et durables.

Si le numérique est un formidable outil pour accélérer, ce que nous faisons du temps gagné par cette accélération nous appartient. Bien que potentiellement contre-intuitif, utiliser ce temps pour ralentir est sans doute essentiel.